A Vire, Alia H. est la cousine du garde du corps de Ben Ali
Installée à Vire depuis six ans, Alia a laissé une grande partie de sa famille proche à Tunis, au cœur même de la capitale et des affrontements qui secouent la Tunisie depuis un mois. Depuis la fuite de Ben Ali, elle se réjouit de voir son pays d’origine revivre. Mais sa joie est en demi-teinte car elle craint pour son frère, gendarme, son beau-frère, policier, et son cousin qui est l’ancien garde du corps du président en fuite.
La situation paradoxale dans laquelle se trouvent les frères et cousin d’Alia est représentative de l’état d’esprit qui a longtemps gangrené la Tunisie. À 49 ans, Jamel, gendarme, a toujours travaillé pour le ministère de l’intérieur sans protester. « Tout le monde acceptait. Ils se disaient « Ça va passer ». Et ma famille essayait de vivre normalement. Nous n’avons jamais été en faveur du régime et nous n’avons jamais voté pour Ben Ali. D’ailleurs, je ne sais pas où il a pu les trouver ses 97 % de suffrages », s’étonne Alia.
Depuis quelques semaines, Jamel doit se réjouir en silence de la chute de son « patron ». Obligé de se rendre à son travail avec son uniforme caché dans un sac, il ne dort presque plus, se retrouve au front des manifestations presque tous les jours, pour tenter de juguler la véhémence des opposants de Ben Ali, parmi lesquels notamment… sa propre sœur.
« Il me raconte qu’il en a marre, qu’il n’en peut plus, qu’il ne veut pas tirer sur les gens, du coup, il tire en l’air. »
Quant à son cousin, c’est encore pire. Garde du corps du président déchu, il est le dernier à l’avoir vu avant qu’il ne s’envole pour l’Arabie Saoudite.
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Alia se tient chaque jour au courant des nouvelles de son pays, par les journaux et via internet avec sa famille.


