Henry Quinson, du golden boy de Wall Street au moine de Savoie
Conférence samedi 1er octobre à la salle polyvalente
Pour animer sa prochaine conférence samedi prochain, la paroisse Saint-Ortaire-en-Souleuvre a invité Henry Quinson, un homme au parcours singulier, aujourd’hui reconnu comme scénariste et conseiller monastique du film « Des Hommes et des Dieux ».
Henry Quinson, vous dites de vous-même que vous êtes passé de la « gestion d’un portefeuille de 15 milliards de dollars à la fabrication de fromage ». Quel a donc été votre parcours qui vous a mené à ces deux antipodes ?
Je suis né à l’hôpital américain de Neuilly. Mon père était américain, j’ai passé mon enfance à New York, puis j’ai voyagé entre l’Europe et les Etats-Unis. J’ai fait entre autres Sciences Po à Paris, j’ai poursuivi ma formation à Wall Street avant d’y occuper un poste de trader dans les années 80.
Étiez-vous prédestiné à évoluer dans ce milieu ?
Mon père était banquier et j’ai moi-même été toujours fasciné par la gestion monétaire. Mais je me suis retrouvé sur la salle des marchés un peu par hasard, par connaissance. Je travaillais alors pour la banque Indosuez, c’était l’époque du début des produits dérivés, de la spéculation.
Vous sentiez-vous épanoui, à votre place ?
J’ai très vite senti que mon métier évoluait de manière étrange, en particulier en terme de salaire, cela devenait faramineux, et il y avait de plus en plus d’activités spéculatives. Après quatre ans, on m’a offert un pont d’or pour travailler à Londres mais j’étais très insatisfait, il me manquait quelque chose et j’ai refusé.
Qu’est-ce qui vous a décidé à refuser ces millions ?
Lorsque j’étais étudiant à l’âge de 20 ans, j’ai connu une expérience spirituelle de prière très forte. Je me suis alors posé la question de la vocation et la question m’a rattrapé. Je me suis dit que je pouvais choisir ma vie, une vie remplie dans la prière.
C’était en 1989, vous aviez alors 28 ans et vous avez décidé de tout lâcher ?
J’ai décidé de devenir moine en Savoie. C’est vrai que je suis passé d’un extrême à l’autre, de golden boy à Wall Street, je me suis retrouvé devant des cuves à fromage. Le choc a été brutal, mais j’ai apprécié ce temps. Je suis resté dans ce monastère pendant six ans sans toutefois prononcer de vœux définitifs.
Quelle action vous a ensuite guidé ?
J’ai répondu à l’appel de la seule vision que je n’ai jamais eue, celle de me voir à Marseille, entouré par des enfants méditerranéens. J’y ai alors fondé la Fraternité Saint-Paul il y a 16 ans et à laquelle participent aujourd’hui 70 personnes qui viennent en aide aux familles modestes.
Mais avant cela, c’est au monastère que vous faîtes une rencontre marquante ?
J’y ai rencontré quatre des sept moines de Tibhirine qui ont été assassinés en Algérie en 1996. J’ai noué avec eux une profonde et grande amitié. Plus tard, en 2006, je me suis rendu à Tibhirine pour prendre des photos puis j’ai traduit un livre de John Kiser, « Passion pour l’Algérie, les moines de Tibhirine ».
Comment vous êtes-vous retrouvé partie prenante du film « Des hommes et des Dieux » qui relate l’assassinat des moines ?
J’ai tout de suite pensé que faire un film sur les Frères toucherait plus de personnes qu’un livre. J’ai tout d’abord proposé le projet à un grand producteur mais il l’a refusé. Puis tout à fait par hasard une semaine plus tard, j’ai reçu un mail me proposant de participer au film de Xavier Beauvois. J’ai ainsi pris part au scénario et à la mise en scène concernant la vie monastique.
Comment les acteurs du film ont-ils appréhendé leurs rôles ?
C’est un casting incroyable, des grands professionnels, des acteurs chevronnés avec des grands rôles. Ils ont dû relever un défi redoutable pour ces rôles très compliqués à jouer. Ils ont dû chercher en eux-mêmes une dimension spirituelle. J’ai vu des personnes qui donnaient le meilleur, totalement impliquées humainement. Ce fut un choc pour eux, mais aussi pour le public qui a réagi fortement.
Aujourd’hui, votre parcours singulier vous permet d’animer des conférences comme c’est le cas samedi au Bény-Bocage ?
Ma trajectoire regroupe en effet trois éléments dont tout le monde parle : l’argent à Wall Street, Dieu avec le monastère et la société actuelle dans les HLM de Marseille. Cela m’amène à aborder la question de la fraternité universelle aujourd’hui. Tous les éléments actuels paraissent explosifs, mais on peut aussi indiquer le chemin inverse et même profiter d’une crise pour se réorganiser. La course au fric, la société matérialiste, il est encore possible de changer cette idéologie de la cupidité et de l’individualisme qui s’est installée. L’exemple des moines peut alors être une source d’inspiration.

Henry Quinson, le conseiller monastique du film "Des Hommes et des Dieux".
Propos recueillis par Benoit MALEPLATE
Samedi 1er octobre, à 20 h à la salle polyvalente du Bény-Bocage : Conférence d’Henry Quinson, conseiller monastique du film « Des Hommes et des Dieux » : « Entre crise financière et choc des civilisations, une mondialisation fraternelle est-elle possible ? »
Conférence organisée par la paroisse Saint-Ortaire-en-Souleuvre, gratuite et ouverte à tous. Un verre de l’amitié sera offert à la fin de la soirée.


